Ci dessous les premières lignes de nom petit roman. 

Thierry Bétoune va vivre une aventure palpitante qui va l'amener à côtoyer les mystères de l'au-delà.

 

Lien  vers le livre pour voir la suite  : https://www.dropbox.com/s/5q73bncs5d1od6b/les_deux_mondes_2016_VD.pdf?dl=0

 

Les chemins de l’au-delà.

Chapitre I: la consécration.

Ce matin c’est le plus beau jour de ma vie, j’ai enfin décroché le job. Vous savez ce travail que vous rêvez mais que vous n’aurez jamais parce que vous n’êtes pas « le fils de », vous n’avez jamais de chance, personne ne reconnait votre génie.

C’était avec cet état d’esprit de gagneur que je m’étais présenté il y a quelques semaines auprès du chasseur de tête mandaté par « Cherry » la célèbre firme avec le logo représentant deux cerises.

Moi, un jeune chercheur français de 33 ans végétant dans un petit laboratoire en mal de subventions, j’avais déjà été surpris d’être repéré par un chasseur de tête.

Déjà que j’étais complètement grillé par mes travaux de recherches personnels sur une théorie fumeuse de délocalisation de la conscience !...

Naïvement ne réussissant pas à publier dans une revue scientifique, j’avais balancé ma « cloud consciousness » sur les réseaux sociaux.

Je m’étais attiré un petit succès auprès de quelques illuminés adeptes des mouvements newâge, une merveilleuse interview par la bloggeuse Lilou Ferguson et un énorme recadrage par le patron du labo qui m’a bien fait comprendre que je ne dirigerai jamais une équipe.

L’entretien avec le chasseur de tête, une charmante cougar sans âge, s’est passé bizarrement. Elle semblait être complètement hermétique à la science et à l’informatique. La seule chose qui l’intéressait était de savoir si j’étais un type un peu près équilibré et qu’elles étaient mes attaches affectives. Mes racines paysannes et ma timidité légendaire vis-à-vis de la gente féminine ont été mes plus grands atouts.

Marianne, qui devait avoir 50 ans, a beaucoup apprécié le désastre de ma vie affective et m’a confirmé que je savais exactement tout ce qui ne fallait pas faire pour séduire.

Elle a également apprécié mon bon sens paysan, ma franchise et m’a confirmé qu’avec de tels atouts je n’avais aucune chance de franchir le plafond de verre d’une entreprise.

La suite s’est déroulée très vite. J’ai reçu une offre que je ne pouvais pas refuser et signé des tas de clauses de confidentialité totalement absurdes, du moins je le pensais. La définition du poste était vague mais l’idée de coller ma démission à la figure de mon patron valait ce risque ; et puis Marianne avait su flatter mon égo, elle m’avait persuadé que j’intégrais l’entreprise la plus prestigieuse du monde.

Ce n’était pas une petite ligne du contrat qui précisait que je pouvais être viré à tout moment qui allait me retenir. Mon bon-sens paysan m’avais permis de négocier une majoration de l’indemnité d’éviction, c’est d’ailleurs la seule chose que j’avais négocié.

Ce matin c’est le plus beau le ma vie … Enfin c’était le plus beau jour car maintenant que je m’apprête à rencontrer mon nouveau patron, une foule de questions parasites envahit mon cerveau dérangé.

Je me suis embarqué dans une drôle d’aventure.

Pourquoi ai-je accepté de signer des tas de papiers sans rencontrer mon employeur final ?

Et puis, pourquoi je ne suis pas reçu dans le célèbre campus de Cupiditto mais dans un bâtiment éloigné sur Walla Parkway ?

Bien sûr, je ne m’attendais pas à être reçu par l’emblématique Big-boss, Steve Boulot, mais pourquoi ce bâtiment aux grands couloirs sombres ?

Paradoxalement, l’esprit de paranoïa qui avait émaillé mon parcours jusqu’à cette banquette m’avais plutôt rassuré.

Le culte du secret entourant cette boîte n’était pas une légende. Les informations m’avaient été données au compte-goutte et avant que j’ai eu le temps de dire ouf, on m’avait inséré une puce dans la main puis confisqué mon téléphone d’une marque concurrente, pour le remplacer par le dernier cri de la marque aux deux cerises.

Bon, j’essaye de reprendre mes esprits. Je me plonge dans le fonctionnement du smartphone qui, sans rien lui demander, se synchronise immédiatement avec la puce. J’apprends que j’ai officiellement commencé à travailler ce matin à 9 heures 9 minutes que j’ai la possibilité de consulter les 33 pages de mon contrat de travail sans les annexes.

Pas le temps de paramétrer mes données corporelles, je lève la tête : il est là me regardant l’air absent.

Une tignasse grise bouclée avec des lunettes rondes, me dit de le suivre. Je suis sa démarche chaloupeuse dans le dédale de couloirs sombres jusqu’à son bureau.

Je cherche du regard pour trouver une place pour m’assoir dans cette immense pièce totalement encombrée d’ordinateurs, de livres, de vieux dossiers et de reste de pizza.

La phrase de la souris qui m’a enfoncé la puce me revient à l’esprit « nous étions déjà sans papier, nous devenons sans badge ».

Philippe semble lire dans mes pensées :

Venez avec moi dans la pièce à côté boire un café, on sera mieux.

Chapitre II : cloud consciousness.

Alors Mister Thierry Bétoune, parlez-moi de votre cloud consciousness, me lance tout de go Philippe à peine rentrée dans cette mini cafétéria privative. Le choc. Je m’attendais à tout sauf celle-là. Ainsi il y avait au moins une personne qui avait lu mon charabia sur internet.

Sans réfléchir je me lance sur ce sujet avec passion. Par peur de manquer de temps de parole, je commence par la fin.

Alors voilà M. Everett.

Appelez-moi Philippe.

Alors voilà Philippe, je pense que l’on pourra démonter un jour que notre conscience peut se délocaliser totalement ou partiellement notre cerveau pour se trouver alors dans une sorte de nuage quantique.

Mais encore ?

Philippe semble intéressé alors je continue.

Je suis parti des travaux de Raymond Moody. Comme vous le savez, ce médecin a recueilli pendant plus de vingt ans les témoignages d’expérience de mort imminente.

Pour de nombreux médecins, ces phénomènes ne sont que la manifestation du manque d’oxygène dans le cerveau sans compter les effets des drogues utilisées par les services de réanimation.

Ainsi le tunnel sombre puis lumineux, les sensations de plénitude, le contact avec d’autres entités, la sensation de flotter au-dessus de son corps sont les dernières manifestations du cerveau se lançant dans un chant du cygne désespéré.

Sauf que ça ne colle pas ! Comment expliquer, par exemple, qu’un cerveau dans une situation, somme toute délicate, puisse suivre des conversations dans d’autres pièces ou puisse lire des inscriptions sous une table d’opération ? Comment expliquer la production d’images complexes alors que l’encéphalogramme est quasiment plat ?

La seule explication plausible est le fait que le siège de la conscience n’est pas le cerveau ! Ou qu’elle n’est pas toujours le cerveau !

Raymond Moody rapporte d’ailleurs que des proches présents au chevet du mourant ont partagé par empathie des expériences « de sortie du corps » elles peuvent percevoir un flot de lumière claire, ou elles voient elles aussi se dérouler le film de vie du mourant.

Je suis persuadé que la science doit pouvoir expliquer ces phénomènes.

Si la conscience se délocalise il y a forcément un échange d’informations à distance. Les développements récents de la physique quantique permettent d’appréhender les échanges d’informations sous un autre angle.

Deux photons issus d’un milieu intriqué interagissent entre eux de manière instantanée quelle que soit la distance. J’admire le français Alain Aspect qui a réaliser le premier test concluant, du paradoxe Einstein-Podolsky-Rosen en 1982, rendant ainsi raison à Niels Bohr contre Albert Einstein.

Ces propriétés vont d’ailleurs permettre de développer de nouveaux procédés de cryptologie.

En faisant intervenir la notion de monde parallèle, on peut expliquer ces phénomènes. Je suis persuadé qu’il faille chercher de ce côté pour démonter l’existence d’un « cloud consciousness » autrement une conscience délocalisée.

D’ailleurs à propos de monde parallèle, êtes-vous parent avec Hugh Everett, le premier scientifique à en avoir parlé dans les années 50 ?

— Pas que je sache, Thierry. Si la conscience peut se délocaliser, pensez-vous qu’un jour on puisse la capturer avec une machine ?

— Dans un délire psychotique, j’ai pondu un article sur mon blog à propos d’un capteur d’esprit quantique, et vous Philippe qu’en pensez-vous ?

— Que c’est précisément grâce à cet article que vous êtes ici aujourd’hui à siroter un café avec moi.

— Comment ça vous ne m’avez pas embauché pour mes recherches sur les systèmes d’intelligence artificielle ?

— Vous voulez parlez de vos logiciels sensés prendre des décisions ? Ils sont totalement dépassés ! En fait, vous êtes en train de passer votre vrai entretien d’embauche » — Comment ça, mon entretien d’embauche ?

— Je recherche quelqu’un pour ce poste ayant un profil bien particulier. Vous avez été pré- sélectionné. Vous me faites une première bonne impression Thierry et on n’a jamais deux fois l’occasion de faire une première bonne impression à quelqu’un.

J’étais totalement abasourdi, on m’avait dit que Cherry était une boite spéciale mais à ce point ! Pour un simple entretien d’embauche, on me faisait venir aux États-Unis tous frais payés, on me faisait signer un contrat de travail abscons, et cerise sur le gâteau, on m’implantait une puce dans la main.

— Mais qu’attendez- vous de moi ?

— Je cherche à renforcer une de mes équipes qui travaille sur la conscience.

— Comment ça se fait qu’une entreprise comme la vôtre travaille sur la conscience ?

— Vous le saurez si nous faisons affaire ensemble. Parlez- moi de la physique quantique.

L’entretien dura encore de longues minutes, je compris que la cafétéria avait été privatisée et Philippe me fit une offre que je ne pouvais pas refuser.

— Félicitations, Thierry, vous êtes retenu. Pour la forme. Je vous laisse jusqu’à demain matin pour réfléchir. Je vous préviens vous serez soumis au secret absolu. Ah, j’oubliais, je vous double votre salaire.

Ce matin je me sens un peu bizarre… une vague impression d’être une marionnette que l’on achète avec des dollars mais aussi l’excitation de connaître la suite. Il y avait aussi cette petite voix au fond de moi-même qui me disait de foncer. J’avais eu du mal avec cette petite voix, je l’avais maudite lorsqu’elle m’avait poussée à publier sur internet mes travaux concernant le cloud consciousness sur internet. Maintenant je la remercie.

Je retrouve la souris qui m’avait enfoncée la puce.

Bonjour Monsieur Bétoune, félicitations pour votre promotion. Approchez votre main à moins de 50 cm de ma tablette afin que je mette à jour votre dossier » Avec le stress d’hier, je n’avais pas remarqué à quel point elle était mignonne !

— Heu, comment vous appelez- vous ?

— Comme sur mon badge : Jessy ! Signez- là, me dit-elle fermement en me tendant le stylet numérique.

Normalement, j’aurai dû lire les 99 pages de mon nouveau contrat de travail mais à quoi bon ? Je fis descendre l’assesseur sur l’écran numérique, zyeuta une dernière fois le décolleté plongeant de Jessy et signa.

— Euh, Jessy, ça fait longtemps que vous travaillez ici ?

C’est à ce moment que la tignasse grise bouclée de Philippe sortie de nulle part et me répondit :

Ah, Thierry, toujours ponctuel à ce que je vois ! suivez-moi à la caverne !

Philippe m’entraîne d’un pas pressé vers l’ascenseur, les couloirs paraissaient encore plus sombres qu’hier.

Vous avez maintenant accès au 3ème sous-sol, je vois que l’ascenseur a bien reconnu votre puce, c’est parfait. Bienvenue à la caverne, Thierry. C’est à ce niveau que nous effectuons nos recherches les plus confidentielles.

Je n’en croyais pas mes yeux un niveau secret ! … Il régnait dans ce lieu une atmosphère pesante et sombre que les multiples jeux de lumière ne parvenaient pas à dissiper.

Ce n’était pas les nombreux vigiles armés jusqu’aux dents qui allaient réchauffer l’ambiance… — A quoi ça sert tous ces gardes ?

— A vous protéger contre vous-même, répondit de façon énigmatique Philippe après un instant ; il ajouta : la curiosité peut être parfois votre pire défaut en ce lieu, vous êtes affecté à la zone bleue consacrée au monde quantique. Nous voici arrivés à la salle de briefing, je vais vous présenter à vos futurs collèges.

Salut les gars avant de commencer le briefing, je vous présente Thierry Bétoune, le petit nouveau.

Ah ! Pas trop tôt.

— Vaut mieux tard que jamais Andrew ! répond Philippe au corpulent personnage, très souriant et parfaitement détendu malgré sa remarque à son patron.

Comme vous le savez Thierry est français, il a travaillé sur l’intelligence artificielle et a pondu l’excellent article sur le net repéré par Leila.

Et en plus il est beau grosse, prononce d’une voix envoûtante, la belle Leila à la longue chevelure rousse, habillée de style gothique, tout de noir vêtue.

Je compte sur vous pour mettre rapidement Thierry au parfum. Steve voudrait que l’on commence les essais opérationnels au plus vite.

— Si on n’avait pas concentré toutes les ressources du labo sur les charcutiers du secteur jaune, on n’en serait pas là aujourd’hui ! Comme d’habitude personne n’a voulu m’écouter !

Boum ! Des têtes vont tomber, Pascal ! ajoute Leila morte de rire.

Pascal laisse transparaître un léger rictus sur son visage émacié.

Très drôle princesse.

Philippe, pas le moins déstabilisé du monde, reprend la main :

Je vois que vous êtes tous en forme ce matin c’est bien, j’aimerais que chacun d’entre vous se présente à Thierry et explique sa spécialité.

Je m’appelle Andrew Pétrus et je suis spécialisé dans le champ vibratoire, je suis originaire de la Caroline du Sud.

Surnommé le franc-mac. Puisque j’ai la parole, je la garde ajoute Leila en me fixant de ses grands yeux verts. Leila Lilistone citoyenne du monde, on me reconnait quelques compétences dans l’optique rayon laser et tout ça.

— Tu es trop modeste princesse ! Si tu étais un homme et si tes travaux étaient publiés, tu aurais le Nobel ! Moi, c’est Pascal Turino, je suis originaire de la belle province de Québec et à ce titre parle parfaitement bien le français (en français dans le texte). On me reconnaît quelques compétences lorsqu’il faut donner vie à des circuits intégrés avec des lignes de code.

Ma modestie n’a d’égale que la tienne, grand Ménélik. Thierry, tu as devant toi le Mozart de l’informatique.

— Bon, Thierry, maintenant que les présentations sont faites, entrons dans le vif du sujet, précise Philippe

— Il se trouve que cette équipe est en train de fabriquer une machine à capturer les âmes selon le même protocole que celui décrit dans votre article et nous devons avancer très vite alors qu’il y a quelques semaines encore, nous étions la dernière roue du carrosse.

Le service le moins doté du laboratoire, s’empresse d’ajouter Pétrus avec un petit sourire.

Saisi d’un éclair de lucidité, je décide alors de reposer ma question restée sans réponse hier :

Comment ça se fait que Cherry travaille sur la conscience ?

Qu’avons-nous le droit de lui dire ? demande Pascal.

Le temps joue contre nous, vous pouvez dire tout ce qui est classé niveau 2.

— Tu as de la chance, réplique Leila, on m’a fait poiroter six mois avant de m’expliquer.

C’est normal, t’es une fille, ne put s’empêcher d’ajouter Pascal.

Je vous laisse à vos explications, j’ai les coupeurs de têtes à voir, explique Philippe en tournant les talons.

Chapitre IV les coupeurs de têtes.

 

— Tu n’es pas sans savoir que Steve est très malade. Pendant très longtemps, le big boss a nié sa maladie refusant de se faire soigner. Lorsqu’il a enfin compris, il était trop tard pour faire quelque chose avec les moyens conventionnels. Le boss a alors créé la caverne pour expérimenter toutes les solutions possibles à sa survie.

La solution la plus folle est celle développée par le secteur jaune. As-tu entendu parler du docteur Sergio Carnavallo ? Il a fait quelques publications dans la revue Surgical Neurology International ?

Cela ne me dit rien.

— Il a développé un protocole permettant de greffer une tête et Sergio travaille dans le secteur jaune, tu vois où je veux en venir ?

Mais comment c’est possible ?

— En fait, greffer une tête, ce n’est pas si compliqué. Sergio résume sa technique en trois expressions : refroidir à 12 degrés, couper net et fusionner au chitosane -un polymère naturel-. Ainsi, Sergio a réussi dans le plus grand secret une intervention concluante sur des singes et l’unité est mobilisée pour passer à l’homme ; cependant il y a un problème, le singe greffé réagit bizarrement.

Comment ça bizarrement ?

— Le singe ne semble pas reconnaître son dresseur, ce qui inquiète fortement Steve Boulot. C’est pourquoi il tient absolument à ce que notre machine à capturer l’âme soit opérationnelle pour la tester lors de la future transplantation de tête programmée dans quelques mois.

— Il veut que l’on capture l’âme d’un singe ?

— Pas d’un singe, Thierry ! La prochaine intervention se fera sur un être humain… Bienvenue chez les fous. Bon assez rigolé, au boulot.

Chapitre V : Veillée d’armes.

Cette nuit, je ne dors pas, ma conscience me travaille. Cela fait trois mois maintenant que l’on joue à l’apprenti-sorcier pour mettre au point cette machine sensée capter l’esprit d’un mourant.

Lorsque j’ai intégré l’équipe, le prototype était déjà quasiment finalisé.

J’ai d’emblée été très sceptique sur l’utilité de ce truc que j’ai surnommé la boîte de conserve.

Le principe de fonctionnement est le suivant : si, au moment de la mort la conscience se libère du corps, alors il y a forcément émission d’une forme énergie.

Ainsi il doit être possible de capturer cette énergie : c’est le rôle de la boîte.

Grâce à l’appui du Docteur Carnavallo et du dieu dollar, le laboratoire avait pu tester dans des conditions rigoureuse la théorie de la masse de l’âme ou théorie des 21 grammes, émise par le médecin américain Duncan McDougall en mars 1907.

L’équipe s’était alors aperçu, qu’en fait, le mourant ne perdait pas de poids (estimé à l’époque à 21 gammes), mais émettait un champ vibratoire.

Le problème est que même si on réussit à capter ce champ vibratoire, qu’est-ce qu’on en faisait par la suite ?

A vrai dire, Philippe comptait un peu sur moi pour cette deuxième phase et j’étais totalement sec.

Cette nuit, je ne dors pas, car c’est aujourd’hui que Sergio Carnavallo va procéder à l’échange de tête et que nous allons remplir notre boîte de conserve par la même occasion.

Un échange de bons procédés en quelque sorte.

Cette nuit, je ne dors pas car il y a cette petite voix qui me dit que je dois dénoncer toute cette mascarade. Je me surprends alors à m’engueuler avec ma petite voix.

— Il faudrait savoir ce que tu veux, c’est toi qui m’a poussé à foncer, maintenant tu me pousses à tout arrêter, c’est trop tard !

 

Cette nuit, je ne dors pas car je pense trop à Leila. Cette fille me fascine, son côté provocatrice et fofolle cache une sensibilité à fleur de peau. Elle a une capacité hors du commun pour mettre sur pied un nouveau protocole scientifique, une vraie magicienne !

Pour couronner le tout, elle avait une beauté exceptionnelle qui me faisait perdre tous mes moyens.

J’avais enfin réussi à surmonter ma timidité hier soir pour l’inviter à un bon restaurant, nous nous étions rapproché jusqu’à cette stupide discussion sur l’au-delà.

Pour moi, tout a une explication scientifique, c’est pourquoi je lui ai parlé de ce livre La route du temps de Philippe Guilemant.

Elle a trouvé trop fade la théorie de la double causalité développée par ce chercheur du CNRS.

Considérer pourtant que le futur peut influencer notre présent me semblait plutôt osé.

Elle a trouvé trop fade la notion d’Esprit découlant d’une nouvelle conception du temps impliquant un processus subtil de co-création de l’univers, fondée sur une hypothèse scientifique - l’indéterminisme macroscopique .

Leila m’a exhorté d’oublier un peu les équations quantiques et d’écouter mon instinct. Pour elle, la science nous a libérée du carcan religieux mais nous empêche de nous ouvrir à tout un pan de l’univers : l’obscurantisme scientifique a remplacé l’obscurantisme religieux !

Elle m’a parlé de Chico Xavier, grand spirit Brésilien décédé en 2002. Leila m’a expliqué que l’œuvre de ce medium prouvait que l’immortalité de l’âme ne faisait aucun doute. Alors qu’il n’avait reçu qu’une éducation sommaire, Francisco Cándido Xavier dit Chico Xavier, a commencé par transcrire sous écriture automatique des ouvrages dictés par des grands poètes brésiliens décédés. La famille du poète Humberto Campos porta plainte. La justice, par le biais d’experts, admit le principe d’une œuvre dictée d’outre-tombe et a ajouté que les droits d’auteurs s’arrêtent à la mort de l’écrivain. Les héritiers durent faire un deuxième deuil sur celui des droits d’auteurs.

L’œuvre majeure de Chico Xavier a été l’écriture de Nosso lar (Notre demeure), une bibliographie dictée par l’esprit d’un médecin décédé racontant les événements consécutifs à sa mort.

Non content de faire parler les morts, notre Brésilien passa sa longue vie à aider des milliers de personnes grâce à ses dons de médium. En 1981, plus de 10 millions de Brésiliens signèrent une pétition pour soutenir la candidature de Chico au Nobel de la paix.

Leila avait conclu le récit en disant :

bien sûr Chico Xavier n’a pas reçu le Nobel, le jury a été trop psychorigide… un peu comme toi.

Cette réflexion m’avait fait perdre tous mes faibles moyens m’enlevant toute possibilité de conclure…

Ne trouvant pas le sommeil je décide de partir immédiatement, grâce à nos puces nous avons accès au labo 24h sur 24.

Chapitre VI :  Échanges de bons procédés.

Je pensais être seul, mais lorsque je poussai la porte du labo, j’ai immédiatement ressenti sa présence, Leila concentrée comme jamais a vérifié une énième fois le paramétrage de la « boite de conserve »

Comme muni d’yeux dans le dos, elle se retourna tout sourire :

Alors mon chou, on ne dort pas ?

— ….

J’ai été un peu dure avec toi hier soir, dit-elle en se rapprochant de moi.

On se revoit samedi prochain, même endroit, même heure.

Vooui heu je voulais te dire …

Trois tapes dans le dos m’empêchèrent de terminer la phrase.

— Alors les amoureux, déjà levés, me dit Andrew avec sa voix aigüe, il ajouta :

— Leila, il est trop tard pour changer les paramètres. Suivez-moi, on file au secteur jaune pour assister à la greffe de tête.

Contrairement au reste de l’équipe, c’était la première fois que j’étais autorisé à franchir la grande porte jaune.

Après qu’un gardien antipathique ait scanné nos puces, la porte du temple jaune s’ouvre enfin.

Une odeur d’hôpital me prend les narines, j’ai l’impression d’être transporté dans un autre univers.

Après avoir suivi un protocole d’hygiène très précis, enfilé des blouses bleues, nous voici arrivés dans l’unité opératoire.

Sergio Carnavallo en plein travail de préparation aperçut, Andrew laissa tout tomber et se précipita vers lui pour lui claquer trois bises sur la joue.

Ecco il mio fratello, tu es en avance, lui dit-il en lui tapotant trois fois le dos.

Puis Sergio s’agenouilla légèrement vers Leila pour lui faire un baisemain

ancorabellissima ,mia principessa ; Enfin il me regarda droit dans les yeux :

tu dois être Thierry, le petit nouveau, tu as fait un travail fantastico sur la boîte à esprit et il m’écrasa les doigts d’une forte poignée de main.

Avant que l’on ait eu le temps de dire ouf, Sergio ajouta :

vous avez de la chance, Oggie n’est pas encore endormi.

Arrivé dans la chambre, Oggie finissait sa conversation avec un prête.

Je n’ai rien à vous dire monsieur, je crois qu’une fois qu’on est mort, on est mort. Vos histoires d’enfers, c’est pour faire peur aux petits enfants et les faire devenir des bons et dociles citoyens.

Oggie esquissa un petit sourire sadique et ajouta calmement d’un ton froid.

— Et pis, je vais vous dire, monsieur le curé, quand je tuais des gens, j’avais du désir. Ça m’inspirait à en tuer plus. Je me fous s’ils ont le droit de vivre ou pas. Ce ne sont pas mes affaires. Je n’ai aucun désir à faire partie de la société. La société ne m’intéresse pas.

Puis apercevant nos présences, il essaya de se lever en vain, entravé qu’il était par ses liens.

— Ah ! Mais c’est le docteur foldingue et sa pouf ! Et toi, le petit jeune ! T’en fais une tronche ! On dirait que c’est toi qui va avoir la tête coupée.

Sans réfléchir je lui lance :

Mais comment pouvez-vous ne pas avoir peur de la mort ?

Oggie prit un air grave.

Qui te dit je ne n’ai pas peur de la mort, petit, tout le monde a peur de la mort. Pourquoi crois-tu que j’ai accepté toute la mascarade de la fausse injection létale si ce n’est que pour rester en vie quelques jours de plus.

Sergio agacé lança :

Bon assez perdu de temps ! Allons voir Valeri dans la pièce à côté.

Pendant que le prête parle à Valeri, Sergio nous explique :

Valeri Spiritedonov est un jeune homme russe de 30 ans atteint d’une grave maladie dégénérative incurable. Il a été sélectionné parmi de nombreux volontaires du fait de sa très forte motivation mais aussi de sa jeunesse. Il faudra qu’il résiste à une opération qui va durer 36 heures.

Comment va se passer l’opération et comment peut-on assembler la moelle épinière ?

Je vois que Andrew et Leila ont suivi les consignes et ne vous ont rien dit de précis. Notre équipe est composé de 150 personnes qui vont se relayer. Nous nous sommes bien rodés sur des primates.

La fusion des moelles épinières sera réalisée grâce à un ingrédient magique de mon invention. Il est à base de polyéthylène glycol.

Après la transplantation, notre jeune homme sera maintenu dans un coma artificiel pendant un mois afin de laisser les muscles du cou immobiles. Pendant ce temps, des électrodes permettront de régénérer les liaisons nerveuses et de stimuler la fusion des moelles épinières.

Mais puisse que l’on est dans les petits secrets, comment fonctionne votre machine à capturer l’âme. J’ai bien survolé la note de synthèse de 150 pages mais je n’ai rien compris. Pour prendre une image docteur…

— Je t’en prie appelle-moi Sergio.

— Pour prendre une image ,Sergio, je dirais que cette machine fonctionne comme un attrapeur de rêves. Vous savez cet objet amérindien composé d’un anneau et d’un filet et de plumes.

Le capteur de rêve pour empêcher les mauvais rêves agit comme un filtre, il conserve les belles images de la nuit qu’il fixe dans les plumes et brûle les mauvaises images prisonnières du filet aux premières lueurs du jour.

Pour notre machine, l’anneau de l’attrapeur de rêve est remplacé par un capteur quantique ultrasensible mis au point par Leila. Tellement sensible qu’il réagit aux pensées de toutes les personnes de cette pièce.

Le filet est remplacé par un filtre numérique mis au point par Pascal en vertu du fait que chaque individu émet des pensées avec une vibration qui lui est propre.

Mais si je comprends bien, vous avez construit une machine à capter les pensées ! Il n’est pas question ici de capturer l’âme …

J’y viens, Sergio, c’est là qu’intervient ma théorie du cloud consciousness.

Je suis parti du fait que la conscience était en dehors de notre cerveau. Notre cerveau contient en fait qu’une copie imparfaite de cette conscience. Un back-up de disque dur en quelque sorte.

A notre mort ces données retourneront brutalement à leur source et nous comptons bien les capturer et les conserver dans les plumes de nos propres disques durs.

Sergio émit un petit sifflement

— Je ne pensais pas rencontrer un jour quelqu’un encore plus cinglé que moi, pourtant j’avais mis la barre très haute. Mais au fait, comment vous allez faire pour lire ce champ vibratoire une fois capturé ?

— Ben… c’est-à-dire que heu…

Andrew me sortit de l’embarra.

— Pour le moment on n’en sait rien, on avance step by step comme le dit si bien Philippe, je compte sur l’équipe pour trouver une solution.

Le prête sort enfin de la pièce en nous lançant un regard noir et murmure en soutenant le regard de Sergio

Je vous laisse cette pauvre âme et n’en réponds plus.

— Vous refusez le progrès scientifique mais pas les dollars mon Père, lui lança Sergio.

C’est la phrase de trop pour le Père Spotlight qui sort brutalement de sa réserve.

Vous croyez faire le bien sous couvert de la science mais en réalité vous défiez Notre Seigneur, vous vous comportez comme Lucifer qui était à l’origine le plus puissant des anges et qui fut déchu pour avoir défié Dieu. Comme lui, vous vous croyez porteur de lumière ! Vous n’êtes que le porteur des ténèbres !

Sergio manifestement blasé de ce type de critique ne releva pas et nous fit signe du regard de le suivre dans la chambre du russe.

Valéri, le visage rond, nous présente un air apaisé.

Sergio s’approche de lui avec regard compatissant que je lui ne connaissais pas.

Toujours partant Valeri ? Je peux encore tout faire stopper sinon….

Valeri lui répond du tac au tac dans un anglais parfait.

Je n’ai pas vraiment d’autre choix. Si je ne tente pas ma chance, mon sort sera très triste, endormez-moi le plus vite possible, j’ai hâte d’en finir avec ce corps qui ne répond plus.

Sergio dit quelques mots à l’infirmière et se tourne vers nous

nos chemins se séparent pour les 36 heures les plus importantes de ma vie.

— Tu vas réussir, je le sens, lui lance Andrew, allez-vous deux ! Suivez-moi dans la salle des commandes.

La salle des commandes située en zone bleue m’est plus familière. C’est dans cette salle que converge tous les capteurs de la boîte vers le condensateur quantique. Une multitude d’écrans de contrôle doit nous permettre de suivre le flux d’énergie.

Philippe, un brin voyeur, a tenu également à ce que des écrans nous permettent de suivre l’intervention chirurgicale dans ses moindres détails.

Arrivés à la salle, Pascal nous attendait avec son air des mauvais jours.

— Vous auriez pu m’attendre avant d’allez pavaner chez les coupeurs de tête, je croyais que l’on formait une équipe !

Andrew tente de calmer le jeu :

J’avais prévu de venir en avance afin d’encourage mon ami Sergio. Thierry et Leila étaient déjà là alors j’ai pensé les prendre avec moi c’est tout.

Ces explications font immédiatement sortir Pascal de ses gonds

— A nous y voilà ! Thierry et Leila seuls dans le labo dans la nuit. Alors là, Leila tu me déçois de plus en plus ! Non contente de te pavaner au restaurant avec ce minable, tu remets le couvert ce matin.

Leila, sortant ses griffes, réagit immédiatement :

— Non mais je rêve ! Espèce de gros pervers polymorphe tu m’as espionné. C’est parce qu’on a flirté ensemble un court moment que tu deviens complément taré ?

Sache que je fais ce que je veux de mon cul et que ce minable comme tu dis, est mille fois mieux que toi !

Sur ce, elle se rue vers moi et me roule un long baiser langoureux qui restera à jamais gravé dans ma mémoire.

Pascal, vexé et blessé, alla s’assoir devant son écran. On n’entendra plus le son de sa voix pendant les 36 heures à venir contribuant encore à renforcer l’étrange sensation de malaise.

Fort heureusement, l’ensemble du processus est entièrement automatisé. Nous devons simplement vérifier que tout se passe bien. La seule chose à contrôler est l’emballement du capteur quantique refroidi à l’azote liquide.

Nous avions remarqué lors d’expérience sur les singes que malgré le confinement, le capteur pouvait émettre de rares fois des ondes électromagnétiques dangereuses pour les machines et parfois même pour les hommes.

Un gros bouton rouge trône au milieu de la console pour tout stopper en cas d’urgence.

Mais aujourd’hui tout semble bien se passer. J’ose, de temps en temps, suivre sur l’écran la progression de l’opération. Vers 13 heures, Philippe vient nous rejoindre avec des sacs remplis de sandwichs et autres pizzas.

Salut la compagnie, je quitte à l’instant Steeve Boulot qui suit l’opération heure par heure. Ça pourrait être lui le prochain sur la liste. L’équipe de Sergio semble faire un travail formidable. Comment ça se passe de votre côté ?

Tout est ok ! Le moment crucial sera lorsque la tête d Oggie devenue inutile cessera toute activité cérébrale. C’est dans cette période que notre capteur devrait entrer en action.

Philippe ne resta pas longtemps, il partit rejoindre le docteur Carnavallo qui, à ma grande surprise, intervenait assez peu en salle d’opération. Il agissait en chef d’orchestre, l’essentiel du travail étant fait par son équipe.

Lors du moment critique, nos capteurs se sont un peu affolés sans plus.

Tout semblait s’être passé comme dans un rêve mais une étrange sensation de flottement m’empêcha de profiter de la petite fête improvisée par Sergio.

Chapitre VII :  Un réveil difficile.

Ce matin est un grand jour, du moins pour Sergio car il a décidé de réveiller Valéri après un mois de coma artificiel.

Philippe nous avait demandé de mettre à profit ce temps pour essayer de comprendre le flux d’énergie vibratoire capté par la boite de conserve.

En fait, j’avais surtout mis à profit ce temps pour me rapprocher de Leila. L’épisode du baisé a marqué le début d’une histoire merveilleuse, nous ne nous quittions plus, au grand dam de Pascal.

Pour être franc, maintenant je m’en fous un peu de nos expériences. Je n’espère qu’une chose, c’est que Sergio réussisse pleinement son échange de tête, ainsi il pourra passer à l’échange sur le big boss, on ferme notre labo, je me fais muter avec Leila dans un service peinard et l’on vit heureux avec plein d’enfants ; fin de l’histoire.

— Qu’es-tu rumines encore Chéri ? Tu ferais mieux de dormir, me lance Leila couchée à ma droite dans notre lit XXL.

J’espère que l’italien va réussir pour qu’on puisse se barrer du labo.

Tu serais très malheureux si tu devais arrêter tes recherches, en fait, tu fuis une vérité que tu ne veux pas entendre. Parle-moi plutôt de cette voix qui hante ton être depuis la capture de l’esprit !

Mais Leila, ces voix que j’entends n’ont aucun sens, c’est le résultat de mon imagination, suite certainement à la fatigue accumulée.

Tu ne me semblais pas trop fatigué pourtant hier soir mamour. Rends-toi à l’évidence tu communiques avec Valéri grâce à tes dons de medium.

Admettons que tu aies raison, je dis bien admettons, alors dans ce cas, comment tu expliques que je ressente la présence d’un être bon et bienveillant alors que Oggie est un salopard de la pire espèce ?

— Je ne sais pas moi. Est-ce peut-être là sa vraie nature, en tout cas, je te conseille de travailler tes dons de médium. Tu te rappelles au restaurant je t’avais parlé du spirite Chico Xavier ?

Oh que oui je me rappelle, tu m’as même traité de psychorigide.

Leila poursuit faisant mine de n’avoir pas entendu mon dernier mot.

Et bien figure toi que Chico a été inspiré par un français considéré comme le codificateur du spiritisme son nom d’emprunt est Alan Kardec, je t’invite fortement à lire ses ouvrages remarquables, écrits au milieu du 19e siècle.

En fait Leila il faut que je te fasse un aveu, ce domaine m’est pas complètement inconnu, ma mère et ma grand-mère faisaient tourner les tables dans des séances de spiritisme. Durant mon adolescence, j’ai moi-même participé à ces séances. Mais je me suis aperçu que les prédictions étaient la plupart du temps farfelues et relevaient davantage de l’autosuggestion que d’une quelconque communication avec l’au-delà.

Mais pourquoi tu me n’en as pas parlé avant, gros nigaud ?

J’ai totalement refoulé cette partie de ma personnalité, j’en avais même un peu honte.

Pour finalement la faire ressortir au travers de tes recherches scientifiques comme par un atavisme salutaire. Tu en as encore beaucoup des petits secrets comme celui-ci ? Tu ne te transformes pas en loup-garou les soirs de pleine lune, j’espère ?

Non pas encore, mais je dois te dire que ma tante m’a initié à la voyance, j’ai bricolé avec les tarots de Marseille dans une autre vie.

Super, tu m’apprendras.

— Mais j‘ai tout oublié.

— J’ai les moyens de te faire retrouver la mémoire, dit-elle avec un irrésistible sourire malicieux.

— Ce n’est pas le tout, mais on va être encore en retard au boulot, et en plus c’est le jour du briefing avec Philippe aujourd’hui, lui répondis-je en sautant du lit.

A peine arrivé, Sergio entra comme une furie dans la salle de briefing, coupant la parole à tout le monde.

Venez vite, venez vite c’est incroyable, ah madre mia ! — Mais Sergio qu’est-ce qui se passe ? Lui demanda Philippe

— Suivez-moi vite !

Sergio était blanc comme un linge, il nous entraina dans la chambre du russe sans dire un mot, nous planta devant son lit et l’impensable se produisit.

Ah je vois que le docteur foldingue à ramener de la compagnie, et petit, tu vois je ne suis pas mort.

Je n’en croyais pas mes yeux, c’était Oggie, le criminel, celui à qui on avait coupé la tête qui s’exprimait. Au même moment, une voix raisonna en moi, glaçante, effrayante.

aidez-moi, aidez-moi ! Je savais maintenant que c’était l’esprit du russe qui hantait mon mental depuis un mois.

Pendant ce temps, dans la salle de contrôle, le capteur quantique se mit à surchauffer mais personne n’était là pour lancer la procédure de refroidissement d’urgence.

Sergio s’approcha :

Valeri, Valeri ! C’est Sergio, tu ne me reconnais pas ? Les yeux de Valeri semblèrent soudain changer d’aspect

Une voix très faible eut à peine le temps de murmurer :

Aidez-moi, aidez-moi ! pour aussitôt laisser place à une voix ferme et déterminée :

— Votre Valeri est mort, il ne reviendra plus !

La voix glaçante en moi cessa, juste au moment où l’alarme de la salle de contrôle se mit à retentir, le capteur quantique était sur point de flancher.

Leila fut la première arrivée à la salle.

J’eus à peine le temps de crier :

Leila, ne rentre pas ! C’est trop dangereux … qu’aussitôt un arc électrique la frappe de plein fouet. Comme dans un état second, sans réfléchir, je rentre dans la salle, j’actionne la procédure de refroidissement de secours et reprogramme les capteurs. Je suis guidé par une force inconnue qui me dit exactement quoi faire pour réussir à capturer l’esprit de Leila.

Je crie alors à tue-tête :

Dépêchez-vous ! Dépêchez-vous ! Il faut préserver le corps !

Andrew tenait Leila dans ses bras.

Elle est morte Thierry. Il n’y a plus rien à faire.

Au contraire, il y a tout à faire ! Vous ne comprenez pas, je viens de capturer son esprit ! Si on maintient ses fonctions vitales, on a une chance de la récupérer.

A ces mots Sergio sort immédiatement de son état de sidération et prend les choses en main.

Leila est transférée en un temps record dans le secteur jaune pour être maintenue dans un état végétatif.

A ce moment précis, je me jure de retrouver Leila quel qu’en soit le prix.